Enseigner la relation d’aide : un défi?

Margot Phaneuf, inf. Ph.D.

Février 2011, vérification oct. 2012

 

Introduction

La relation d’aide est un élément primordial de la pratique infirmière et devrait, également à ce titre, être une partie signifiante de l’enseignement en soins infirmiers. Malheureusement dans le nouveau programme, en dépit de l’affectation d’un certain nombre d’heures à cette formation, son cadre toujours trop touffu et les exigences de ce sujet lui-même font que cela n’est pas toujours suffisant pour bien préparer nos étudiantes à faire face avec efficacité aux situations difficiles qui sont propres au monde de  la santé. Comme le temps imparti nous est compté, il nous reste pour compenser, à développer pour cet enseignement, une pédagogie extrêmement efficace qui prépare les étudiantes à utiliser cette relation de manière fonctionnelle auprès des malades souffrant de problèmes divers. Mais cet enseignement demeure encore souvent un défi.[1

L’approche fondamentale  

Enseigner suppose d’abord de faire reposer son travail sur une approche pédagogique qui l’inspire et l’encadre. Pour nous, dans notre programme de soins infirmiers, le choix s’est porté sur une orientation socioconstructiviste qui prône un accent sur l’apprentissage plutôt que sur l’enseignement, ce qui suppose que l’étudiante demeure active et responsable de l’acquisition de ses connaissances. Mais cette approche favorise également l’influence du groupe qui est aussi médiatrice d’évolution et d’acquisition de connaissances.

Cette option pédagogique est également valable pour l’apprentissage de la relation d’aide, où comme pour tout autre sujet du programme, l’apprenante doit chercher, intégrer ces connaissances et les restructurer à sa manière par son travail intellectuel et par l’expérience vécue de situations de communication.

Ainsi, la nature même de la relation d’aide oriente notre choix vers des stratégies particulières, car elle ne peut s’enseigner uniquement de manière théorique et individuelle. Elle exige que l’approche pédagogique retenue favorise d’abord la croissance de l’apprenante, donc, encourage chez elle à la base, la construction de soi, le développement de l’autonomie, de même que son évolution dans le groupe, comme tremplin d’évolution relationnelle.

Ainsi, la relation d’aide s’acquiert difficilement en vase clos et pour être bien armée pour l’appliquer l’étudiante a besoin de plus que de définitions et de principes théoriques.

Il lui faut intégrer des habiletés fondamentales telles que l’aisance à poursuivre un entretien avec le malade, la manière de poser des questions adéquates, la capacité d’écoute, l’aptitude à lui exprimer de l’empathie, à lui apporter du soutien affectif. Mais il lui faut plus, nommément, l’aisance à faire émerger chez lui la motivation à agir, à se prendre en main et si possible, à évoluer vers un mieux-être ou à identifier des solutions à ses difficultés. C’est tout un programme!  Cela signifie que l’étudiante soit non seulement armée des principes fondamentaux de cette relation complexe, mais aussi, qu’elle développe en elle, les habiletés nécessaires à son application en milieu réel. Ceci demande de mettre sur pied une préparation qui est en elle-même un défi.[2]

Les enseignements théoriques

Dans une approche socioconstructiviste, il est convenu que les enseignements théoriques, magistraux diminuent ou se modifient, pour conserver l’étudiante active dans l’appropriation des données utiles à ses apprentissages. Mais que ce soit par la recherche de l’étudiante ou par l’exposé de l’enseignante, les principes de base de la relation d’aide doivent au départ, lui être disponibles et leur apprentissage doit se faire de manière dynamique.

Il faut toutefois réaliser que, trouver et identifier les notions relatives à un concept et le comprendre sont deux choses. Et que, saisir le sens d’une idée et l’intégrer ensuite dans ses circuits personnels de connaissances, pour les utiliser ensuite à bon escient en situation sont des réalités très différentes. Le proverbe dit qu’« il y a loin de la coupe aux lèvres », mais on pourrait aussi ajouter que le chemin peut être long entre trouver des données pertinentes et bien les utiliser. C’est donc l’intervention de l’enseignante par des stratégies adaptées qui peut combler ce déficit. Il faut préciser qu’avant de passer à l’action auprès d’un malade, l’étudiante doit avoir une idée claire de ce que demande la relation d’aide, de ses principes directeurs et de ses exigences éthiques.

Quelques stratégies à proposer     

Plusieurs stratégies pédagogiques peuvent être utilisées pour rendre l’enseignement attractif et l’apprentissage plus actif. L’enseignante peut choisir ce qui lui convient le plus et ce qui répond le mieux aux besoins et au niveau d’apprentissage de ses étudiantes. Voici quelques exemples.

La recherche indicée. C’est une activité qui est proposée de manière préalable à un enseignement dans le but de servir d’initiation à un sujet donné et de piquer la curiosité, de susciter l’intérêt des apprenantes. Elle peut s’adresser aux étudiantes de manière individuelle ou à de petits groupes. L’enseignante suggère généralement les ressources à consulter.

Exemple : « Expliquez-moi comment Rogers définit cette force intérieure que possède un être humain et qui favorise le changement. »

L’élaboration d’une définition. Cette stratégie se pratique en classe. Elle consiste à demander aux étudiantes réunies en petits groupes de construire une définition à partir des explications qu’elle leur donne, par exemple, sur la relation d’aide. Les définitions élaborées sont ensuite écrites ou « scotchées » sur des feuilles au tableau. Les livres ou les textes ne doivent pas être accessibles pendant cette activité.

Exemple : « Élaborez votre propre définition de la relation d’aide à partir des explications que je vous donne ».

Voici quelques informations possibles parmi d’autres.

  • C’est une intervention, une conversation avec une personne qui souffre ou vit une difficulté importante.
  • C’est un soutien psychologique adapté.
  • C’est une manière d’apporter du réconfort à la personne, de l’aider à se motiver, à prendre conscience de sa réalité, à se prendre en main ou à changer.

La carte conceptuelle est une stratégie porteuse qui demande d’exprimer graphiquement les liens entre un concept principal et d’autres dimensions de cette réalité ou encore les liens de ces autres dimensions entre elles. Ce moyen permet à l’étudiante de se donner une vision synthétique d’un problème et de ses aboutissants et selon le cas, d’identifier des sujets à aborder ou des interventions utiles.

Exemple : L’identification des liens à établir entre la dépendance d’une personne et les diverses dimensions de sa vie. À la suite de la description sommaire d’une situation complexe par l’enseignante, il est demandé à l’étudiante de faire le schéma des liens à établir entre le problème central d’une personne et les autres dimensions de son vécu. Ce travail doit être présenté selon l’un des modèles de la carte conceptuelle.

Situation : M. Benoit est alcoolique. Il est marié et père de deux enfants. Il est hospitalisé pour la 3e fois en psychiatrie. Identifiez les dimensions de sa vie qui interfèrent avec ce problème afin de discerner quels sujets aborder et quelles questions pertinentes poser. Indiquez les liens possibles entre les diverses dimensions.

La carte conceptuelle peut servir non seulement à mieux saisir les détails d’une situation, mais elle peut aussi se révéler utile au plan organisationnel afin de greffer sur les données recueillies, des interventions pertinentes.

Le repérage du point de souffrance d’un malade. Une situation de relation d’aide est souvent complexe et l’étudiante éprouve de la difficulté à s’y retrouver. Pour la préparer à saisir le point central d’une situation où elle devrait intervenir prioritairement, quelques exercices de repérage du point de souffrance du malade peuvent se révéler très utiles. Il s’agit en somme de l’habituer à aller vers ce qui est prioritaire dans une situation, ce qui n’est pas toujours simple. Cette stratégie consiste à exposer à l’étudiante, ou à lui proposer la lecture de situations complexes, où elle doit identifier, parmi plusieurs difficultés du malade, ce qui le fait le plus souffrir. Cet élément douloureux peut varier d’une personne à l’autre, c’est pourquoi, dans la réalité, l’étudiante doit recueillir de nombreuses données concernant le vécu du malade et de ses diverses dimensions.

Situation : vous prenez soin de Madame Saint-Pierre qui est une personne phobique depuis de nombreuses années. Elle souffre de ne pas pouvoir sortir comme elle aimerait et se sent parfois enfermée dans sa maison. Elle est aussi souvent anxieuse chez elle, car son mari ne comprend pas son état et le lui reproche. Elle a également l’impression que ses enfants lui en veulent de ne pas être présente pour leurs activités, pour les rencontres à l’école ou leurs sorties sportives. Autrefois, elle aimait aller dans les magasins pour acheter de beaux vêtements, mais elle se trouve maintenant mal « fagotée », car elle ne peut le faire que rarement et avec grande difficulté.

Cette situation l’humilie, elle se sent inférieure, incapable… Elle est très malheureuse. Identifiez, l’élément qui est susceptible de la faire le plus souffrir. Justifiez votre réponse.

Exercices divers.

On peut aussi penser à certains exercices, soit pour favoriser les apprentissages théoriques ou pour préparer au stage.

Exercices d’identification : arbre de concept. Cette stratégie fournit en somme une matrice permettant de présenter des données de manière très synthétique. Ce peut être de mettre en évidence les difficultés d’un malade, ses comportements difficiles ou encore de faire ressortir des éléments théoriques.

Exemple : Identifiez les attitudes et comportements préalables à l’établissement d’une relation d’aide, en accompagnant chacune d’une description ou d’un exemple.

Exercice d’échelle d’adéquation des habiletés. L’exercice de la relation d’aide se fait par la manifestation par l’aidante, de certains comportements qui sont de véritables habiletés. Les appliquer n’est pas toujours simple et il est important de les préciser avant que l’étudiante puisse les appliquer. Afin que ces habiletés soient efficaces, il est nécessaire qu’elles soient percutantes, c’est-à-dire, qu’elles se situent au bon niveau. Certaines peuvent être banales, donc non agissantes, alors que d’autres peuvent être trop directes ou trop interventionnistes. L’étudiante doit apprendre ce qui est une réponse juste. Elle ne doit ni minimiser ni banaliser la souffrance du malade. Elle doit viser le bon niveau. Voici des exemples pour la confrontation et pour l’empathie.[3]

Situation pour l’empathie

Une malade vient d’apprendre qu’elle souffre de sida et elle est affolée par ce diagnostic. Elle dit à l’infirmière : « Je suis au désespoir, je n’ai pas envie de me battre. Pour moi, c’est comme de m’annoncer que ma vie est finie. »

Croyant être empathique, l’infirmière lui répond :

Le médecin vous a-t-il bien expliqué ce qui en était exactement de cette maladie et des traitements actuels?

Vous vous pensez perdue parce que le médecin vous a parlé de sida et vous n’avez pas envie de vous battre, je comprends bien votre désespoir.

Je comprends que le terme sida vous fasse peur. Mais vous savez, de nos jours il y a de bons traitements. La trithérapie a des effets spectaculaires. Vous vous en faites beaucoup trop, relevez la tête, vous verrez, le traitement vous aidera et vous pourrez vivre encore de belles années.

C’est très difficile d’apprendre une telle nouvelle et je comprends que vous soyez triste.

Classez ces réponses de 1 à 5 par ordre d’adéquation. La note 5 indiquant la plus adéquate.

Nb. La dernière réponse est un exemple où l’aidante minimise la souffrance de la malade. Celle-ci a exprimé une émotion beaucoup plus profonde que de la tristesse.

La préparation à l’entretien

La relation d’aide a pour lieu privilégié d’application l’entretien auprès du malade et c’est ce qui justifie le temps de préparation que nous devons y investir. Plusieurs stratégies peuvent être utilisées pour aider l’étudiante, d’abord à prendre conscience de ses propres capacités pour entrer en contact avec les autres et à les peaufiner afin d’augmenter son efficacité en situation réelle. Le micro-counseling est à ce point de vue, une stratégie de choix qui peut l’aider à développer certaines habiletés afin de mieux réussir à induire l’information dont elle a besoin, par exemple, savoir poser des questions adéquates et variées, être capable, d’utiliser la reformulation à bon escient. Mais elle doit aussi apprendre à appliquer les habiletés de relation d’aide avec facilité. Pour bien assumer son rôle d’aidante, il lui faut également appliquer certaines techniques utiles pour mieux approfondir, analyser et comprendre ce qu’elle observe. Elle peut pour cela utiliser le génogramme, le sociogramme, le circept, la ligne de vie et plusieurs autres.

Le micro-counseling 

Cette stratégie pédagogique est porteuse à plusieurs points de vue. C’est, entre autres, le moyen de choix pour aider l’étudiante à recevoir une image d’elle-même par la médiation du vidéo-feedback ou par le reflet qu’elle reçoit d’une collègue observatrice. Cette stratégie lui permet d’améliorer sa manière d’être, sa performance dans la conduite de l’entretien, la gestion des diverses habiletés de communication et de relation d’aide, de même que l’utilisation de certaines stratégies utiles.

La mise en place de cette stratégie se fait en laboratoire-collège par l’organisation de séances de simulations de situations de communication et de relation d’aide. Ces séances peuvent être enregistrées sur vidéo et visionnées ensuite avec le groupe afin d’apporter les correctifs qui s’imposent. Mais en l’absence d’une caméra, cette stratégie peut quand même se pratiquer en triades où une étudiante joue le rôle de l’aidante, une autre tient celui de l’aidé et la troisième, celui de témoin qui fait part au groupe de ce qu’elle a observé. Ces situations sont rédigées à l’avance par l’enseignante sur des fiches indicatrices. Pour le rôle de l’aidante, celles-ci mentionnent les habiletés à appliquer et pour l’aidé, une identité particulière, un problème déterminé et un comportement à manifester. Pour une description plus complète du micro-counseling.

Le micro-counseling permet également à l’étudiante d’apprendre à gérer les différentes parties de l’entretien en se centrant successivement sur chacune d’elles. D’abord sur sa préparation, lorsque cela est possible, puis, sur l’étape de l’orientation où les deux protagonistes se reconnaissent et amorcent le dialogue. Vient ensuite l’étape de l’exploitation de ce qui est révélé par l’aidé, afin de le faire préciser, de l’approfondir et d’orienter la suite des échanges. Après, suit finalement la conclusion de l’entretien où l’aidante remercie l’aidé de sa collaboration, fait une courte synthèse de ce qui s’est passé et si, c’est pertinent, lui énonce les objectifs de la prochaine rencontre.

La dernière phase du micro-couseling est la rétroaction faite par l’enseignante avec le groupe. Elle permet de souligner les éléments à améliorer, mais surtout de mettre en évidence les éléments positifs. Il est important de mentionner la nécessité de renforcer, par ce moyen, l’image de soi de l’étudiante et non pas la rabaisser.

Les exercices sur la question et la réponse-reflet. Poser des questions peut sembler facile, pourtant le faire de manière adéquate et pertinente n’est pas si simple. Afin de préparer l’étudiante au stage, des exercices portant sur les divers types de questions sont fort bénéfiques pour la préparation à l’entretien. De manière naturelle, nous posons facilement des questions fermées, qui sans être complètement à proscrire, sont directives et ne permettent pas vraiment à l’aidé de s’exprimer comme il l’entend. De plus, il est très difficile d’aller recueillir des sentiments et des émotions, à partir de questions fermées qui finissent par ressembler à une enquête et qui tarissent rapidement le dialogue. La stratégie de la question et de la répons-reflet qui suit peut être intégrée au microcounseling. Ces exercices peuvent aussi se faire en classe ou comme travail complémentaire au cours.

Exemple : à partir de phrases simples possiblement dites par un malade, posez-lui :

    une question fermée,

    une question ouverte de validation

    des questions en entonnoir (mixtes)

    une question ouverte descriptive.

Les exercices portant sur la réponse-reflet (ou reformulation). La réponse-reflet est aussi un moyen d’induire l’information, mais surtout d’exprimer notre compréhension empathique au malade. C’est pourquoi il est tellement important que l’étudiante la maîtrise avant le stage. Ainsi, des exercices pour émettre des réponses-reflets, pour juger de leur pertinence et du niveau de profondeur atteint, sont très bénéfiques. L’étudiante doit donc, non seulement apprendre à faire ces réponses-reflets, mais aussi, savoir les situer au bon niveau, de manière à ne pas biaiser l’information transmise, à ne pas minimiser ou exagérer l’émotion ou le sentiment qui est exprimé.

Exemple : un malade vous dit : « Je me sens seul, je suis triste, je n’ai jamais de visite des miens, je ne les comprends pas de me laisser ainsi ».

    Faites une réitération (répétition de la phrase ou d’une partie de la phrase).

    Une reformulation (répétition dans vos propres mots).

    Un reflet de sentiment (faire ressortir le sentiment majeur, non exprimé, sous-jacent à la situation, mais pressenti par l’aidante).

    Un reflet-élucidation (faire ressortir des émotions ou des sentiments profonds, mais cachés, que la personne ne réalise pas ou veut occulter).[4]

Les stratégies à utiliser pendant le stage pour la poursuite de l’entretien

Certaines stratégies sont surtout utiles pour faciliter, éclairer ou soutenir l’étudiante lors de ses entretiens. Elles permettent de mieux comprendre quels sujets aborder, quelles questions poser. L’utilité de ces stratégies se fait surtout sentir au début du stage, pour bien montrer à l’étudiante qu’un entretien de relation d’aide se fait avec une certaine finalité en tête, avec des fils conducteurs à suivre. Tout en laissant place à la spontanéité et à la découverte d’aspects importants à relever, l’entretien ne doit pas être laissé seulement au gré des aléas de la conversation.

La grille MOFF (menaces, opportunités, forces, faiblesses) pour analyser une situation. Analyser une situation complexe est parfois déroutant et pour aider l’étudiante à le faire, on peut lui proposer l’utilisation d’une grille pour l’orienter. L’aidante peut employer la grille MOFF en se questionnant à partir de ce qu’elle sait déjà sur le vécu de l’aidé afin de guider les rencontres suivantes. Mais elle peut aussi poser ces questions à la personne.[5]

Prenons l’exemple de Maude qui est dépendante aux narcotiques. Pour savoir sur quels sujets bâtir un entretien avec elle, la technique MOFF peut servir de guide. Il s’agit de la faire exprimer d’abord sur sa situation globale, puis de lui demander par exemple :

    « Dans ce que vous vivez, que voyez-vous comme le plus grand danger? Ou le plus grand inconvénient? (Ce peut être l’accoutumance, le fait que son mari s’en rende compte, sa baisse d’efficacité au travail, l’incertitude de son avenir, son image actuelle d’elle – même)

    « Qu’est-ce qui pourrait représenter une aide pour vous? (Ce peut-être le soutien de son entourage ou un nouveau travail).

    « Que pouvez-vous faire, quelles sont vos ressources pour lutter contre cette dépendance?(Ce peut être sa motivation à changer, sa volonté)

    « Que diriez-vous que sont vos plus grandes difficultés? (Ce peut être ses douleurs récidivantes, le fait de vivre seule, l’absence de parents ou d’amis dans la ville où elle habite).  

Exemple de planification pour les entretiens subséquents : à la suite de cet entretien, l’aidante peut planifier les interventions subséquentes.

    L’aider à prendre conscience de son problème.

    Investiguer avec elle son réseau de soutien.

    La faire exprimer sur les avantages et les inconvénients de sa dépendance.

    Chercher avec elle des raisons de changer pouvant stimuler sa motivation.

    Référer à des moments de sa vie où elle a bien réussi afin de lui faire réaliser qu’elle peut encore réussir.[6]

Grille d’analyse inspirée du diagramme causes-effets. À la suite d’un entretien, cette grille peut aider l’étudiante, à analyser la situation et à la mieux comprendre. Il s’agit de considérer le contexte dans son ensemble, de déterminer le problème central, de le décomposer en sous-problèmes et de chercher ensuite pour chacun, les causes possibles. Cette analyse fait ressortir des éléments que l’étudiante pourra plus tard valider auprès du malade, mais cela peut aussi lui donner des pistes d’intervention. Cet exercice peut se faire individuellement ou en groupe.

La grille des priorités. Avant de pouvoir intervenir en relation d’aide, l’étudiante doit être consciente qu’il y a des priorités à établir parmi les sujets à aborder avec le malade. Comme ces situations sont souvent complexes, ceci est important. D’autant que ces priorités ne sont pas toujours dépendantes de la logique habituelle, mais plutôt de la logique inhérente à la situation d’une personne déterminée. Elles peuvent donc varier d’un sujet à l’autre. De plus, certains éléments d’une situation sont d’un niveau élevé de priorité en raison de leur urgence, mais d’autres, plutôt à cause de leur valeur affective.

Exemple :   Madeleine a 28 ans et elle doit subir une intervention pour un cancer colorectal. Elle sera par la suite porteuse d’une stomie. Vous désirez lui apporter du soutien dans cette épreuve. Vous identifiez les problèmes qui suivent. Ils sont tous très importants, mais comme votre temps est compté, vous vous demandez sur lequel insister. Vous savez que Madeleine est très coquette et qu’elle attache une très grande importance à la relation avec son mari.

Autres sujets à aborder

    Son inquiétude face à l’intervention elle-même et à l’anesthésie.

    Ses craintes en raison du cancer.

    Son anxiété à cause de la modification importante de son schéma corporel.

    Sa peur de souffrir.

Comment établiriez-vous les priorités? Justifiez votre réponse pour chacune des priorités.

Les stratégies à utiliser après l’entretien

Certaines stratégies facilitent la prise de conscience de l’agir et la métacognition si importantes dans une approche socioconstructiviste. Elles se tiennent après l’intervention de l’étudiante auprès du malade.

L’analyse d’interaction. C’est une stratégie de supervision qui a lieu pendant le stage, à la suite d’entretiens réalisés par l’étudiante. Elle a pour but d’analyser une partie, d’une rencontre avec un malade bien identifié. Elle vise à aider l’apprenante à prendre conscience de sa manière d’intervenir auprès du malade (adéquate, trop directive ou trop exploratrice), de sa façon de gérer l’entretien et de manifester les habiletés de relation d’aide. Mais son principal avantage est de l’amener à découvrir ce qui serait à améliorer.

La facture de la grille à compléter peut varier selon la volonté de l’enseignante, mais elle doit habituellement comporter au moins trois colonnes où s’inscrivent les paroles, les comportements ou expressions faciales du malade, ceux de l’étudiante et, en troisième lieu, les commentaires de l’enseignante. Cette stratégie est cependant exigeante pour l’enseignante et pour l’étudiante, mais elle est très efficace pour faciliter, approfondir les apprentissages et favoriser la croissance.

Le journal de bord. L’écriture est souvent un excellent moyen de prise de conscience et d’évolution de la pensée. C’est pourquoi elle trouve sa place parmi les stratégies pédagogiques utiles pour l’apprentissage de la relation d’aide.

Le journal de bord consiste à demander à l’étudiante de rédiger au fur et à mesure de son stage les réflexions qui l’ont habitée. Qu’il s’agisse de ses craintes, de ses difficultés ou de ses réalisations, en prendre conscience, pouvoir y réfléchir et voir qu’est-ce qui pourrait être amélioré est toujours bénéfique. Ce journal personnel peut être soit confidentiel et seulement contrôlé par l’enseignante, pour en vérifier l’exécution. Mais selon les ententes faites avec les étudiantes, il peut aussi être lu par l’enseignante, nécessairement soumise à la confidentialité.

Le portfolio instrument de conscientisation et d’évolution. Ce moyen est beaucoup plus global que les autres stratégies déjà abordées ici. Il peut prendre diverses formes, mais tels que nous le définissons, pour les soins infirmiers, il consiste en un recueil organisé de pensées, de documents, d’articles de lecture, de travaux scolaires qui sert à l’étudiante de source de référence immédiatement disponible, permet la réflexion et favorise la métacognition. Il se compose de quatre sections qui possèdent toutes un objectif particulier,

Le portfolio peut même se faire de manière électronique, selon le désir de l’enseignante et des étudiantes. Ce recueil peut se conserver et accompagner l’apprenante tout au long de sa formation.[7]

Conclusion

La relation d’aide constitue un élément important de l’apprentissage que doit faire une étudiante en soins infirmiers et il nous faut y mettre beaucoup de créativité pour réussir à lui faire réaliser toutes les acquisitions de connaissances, d’attitudes et de comportements adaptés à sa pratique auprès des malades. Mais avec l’ajout, à notre didactique, de quelques stratégies porteuses, nous pouvons relever ce défi. La qualité des soins dispensés par nos jeunes soignantes en sera d’autant améliorée, car une bonne compréhension de la relation d’aide et de ses habiletés confère aux interventions infirmières une chaleur et un humanisme remarquables.

C’est Gandhi qui comparait les moyens utilisés à une graine et la fin obtenue, à l’arbre qui en est issu. Pour la préparation à la relation d’aide aussi, la fin recherchée peut être dans les moyens auxquels nous recourons. Et, comme dans la nature, l’arbre est contenu dans la graine, la qualité de relation qui sortira de ces enseignements dépend certes, pour une certaine part, des moyens par lesquels nous semons.

Bibliographie

Voir comme complément d’Information

  • Phaneuf, Margot (2002) Communication, entretien, relation d’aide et validation. Montréal, Chenelière/McGraw-Hill.
  • Phaneuf, Margot. Étayer ou contrôler ? Quelle pédagogie pour enseigner en soins infirmiers?
  • Phaneuf, Margot. Le génogramme moyen d’enrichissement de l’entretien auprès des malades 1ère partie : les principes
  • Phaneuf, Margot. Le génogramme moyen d’enrichissement de l’entretien auprès des malades 2epartie : les applications.
  • Phaneuf, Margot. Le sociogramme complément du génoramme :
  • Phaneuf, Margot. La ligne de vie, moyen d’enrichissement de l’entretien auprès des malades
  • Phaneuf Margot. L’effet miroir médiateur de connaissance et d’image de soi » : Phaneuf, Margot. Fiches-situations. Entretien et relation d’aide dans des situations psychiatriques ou psychologiques difficiles :

[1]. Image : Caisse primaire d’assurance maladie des Hautes-Pyrénées

http://fr.country.csc.com/COUNTRIESDOCS/fr/fr/mcs/mcs92/uploads/2102_1.pdf

[3] . Phaneuf, Margot (2002)  Communication, entretien, relation d’aide et validation, p. 322 à 390

[4] . Margot Phaneuf. Communication, entretien, relation d’aide et validation, 2002, p. 109-161

[6] . La grille Moff :  Gide méthodologique du travail en commun : http://www.iaat.org/telechargement/guide_methodo/3_1_moff.pdf

[7] . Infiressources, Carrefour pédagogique, section être et devenir prof.  Cent références pour le portfolio numérique : http://ntic.org/guider/textes/portfolio.html